Argot des Poilus et Termes militaires...

Source : L'Argot des Tranchées, L. Sainjean (bnf Gallica)


Artiflot : mot de caserne désignant l'artilleur, fusion du mot artilleur et de fiflort, mot de l'argot parisien équivalent de troupier.


Boche : pendant la guerre de 1870, le terme Boche est encore inconnu, les Allemands étant nommés Prussiens. Ce n'est qu'après la guerre de 1870 qu'apparaît cette dénomination. Ce terme est d'abord utilisé dans les milieux professionnels où l'on avait recours à la main d'oeuvre allemande, qui désignèrent ainsi vers 1874 les ouvriers typographes d'origine allemande ou flamande parce qu'ils comprenaient difficilement. Boche est l'abréviation parisienne du terme caboche, signifiant "tête dure", et pouvait être traduit par "mauvais sujet".

Dans les tranchées ou dans la presse, le terme Boche fut ensuite décliné à tout-va : bochiser pour germaniser, Bochonnie ou Bochie pour Allemagne, bochonnerie pour vilenie de Boche...


Croix de bois : gagner la croix de bois, c'était mourir au champ d'honneur, en opposition à la croix de fer qui décorait les soldats allemands méritants.


Aller à la fourchette : charger à la baïonnette, aussi appelée cure-dents, tue-boche, ou tire-boche. La baïonnette est aussi dénommée Rosalie, alors que le sabre des cavaliers devient Jacqueline. 'L'écho des Gourbis" consacre son numéro du 3 mai 1915 à "La Journée de Rosalie", sous forme d'une pièce en vers qui débute ainsi : "Une brave française / partout où l'on se bat / s'en va dans la fournaise / avec chaque soldat / toujours elle est en tête / quand on monte à l'assaut / c'est la baïonnette... / mais le nom qu'il lui faut / c'est ce nom nouveau, / fier et rigolo / chic, français et parigot / Rosalie ! Rosalie ! / Ton nouveau nom te va bien / faut, ma belle, / qu'on t'appelle / ainsi, sacré nom d'un chien !"


Aller au jus : se précipiter à l'assaut de la tranchée ennemie et affronter les "moulins à café" adverses


Moulins à café : les mitrailleuses.... d'où l'expression "aller au jus". La mitrailleuse est comparée à une machine à découdre ou un moulin à café en raison de son bruit caractéristique.

Le fusil est appelé arbalète, lance-pierre, nougat, seringue...


Poilu : ce surnom vient de la signification du mot "poilu" désignant aussi à l'époque dans le langage familier quelqu'un de courageux, de viril. Avant d'être le soldat de 14*18, le Poilu est le grognard d'Austerlitz. 

Une explication populaire veut que le surnom ait été donné pendant la Grande Guerre, du fait des conditions de vie dans les tranchées, les soldats se laissant pousser barbe et moustache, et paraissant de ce fait tous poilus. Il est à noter que dès que les gaz firent leur apparition, les masques à gaz obligèrent les soldats à se raser. La censure interdisait aux journaux transmettant des informations sur la guerre et le front d'utiliser ce terme.


Singe : viande de boeuf en conserve.


Boite de singe : terme désignant l'obus de 77, par allusion à sa forme.


Crapouillot : désigne les différents types de mortier de tranchée et leurs projectiles. Ces armes, servies par des artilleurs de tranchées, furent beaucoup utilisées parce que leur tir courbe était adapté à la guerre des tranchées.


Taupe : surnom donné aux soldats allemands, qui creusaient des galeries dans les tranchées, remuant sans cesse la terre, avec laquelle ils se confondaient grâce à la couleur de leurs uniformes.


Zigouiller : dans le Centre et l'Ouest de la France, zigouiller signifiait couper avec un mauvais couteau, en faisant des déchirures comme avec une scie. c'est un dérivé de l'onomatopée zik qui exprime un mouvement brusque et se retrouve par exemple dans le mot zigzag. C'était un mot cher aux Apaches, au sens de tuer à coups de couteau. Par extension, zigouiller devient synonyme de couper la gorge, tuer avec le sabre ou la baïonnette.


Bouthéon : marmite militaire pour le transport des aliments.


Tampon : militaire ordonnance, mis au service d'un officier pour s'occuper de ses affaires personnelles.


Falot : lanterne portative de grande dimension.


Passer au falot : passer en conseil de guerre. Par extension, passer devant une commission de discipline.


Ras à queue : grenade à main sphérique, munie d'une longue tige et montée sur un adaptateur permettant de la lancer avec un simple fusil d'infanterie Mauser. Elle est dangereuse parce que très rapide et précise. Ce projectile lancé avec trop d'efficacité a tendance à s'enfoncer très profondément dans le sol avant explosion.


Sape : galerie creusée par le génie militaire sous le no man's land, afin de faire exploser de grandes quantités d'explosifs sous les tranchées adverses. Par extension, sape et utilisé pour abri.


Feuillées : latrines de campagne, généralement creusées dans la terre un peu à l'écart des tranchées principales.


Marmite : nom ironique, donné aux gros obus, pesant parfois plus de cent kilos.


Boulot : autre graphie de bouleau, terme appartenant à l'origine exclusivement aux sculpteurs sur bois et aux menuisiers en meubles du faubourg Saint-Antoine. Le bouleau est un bois difficile à travailler, en raison de son fil capricieux et de sa propension à s'écorcher. Les menuisiers maugréaient quand ils le travaillaient. Le bouleau devint ainsi synonyme de travail dur, pénible. Puis ce mot franchit le faubourg pour s'étendre aux différents corps de métiers, adopté par tous les ouvriers. Ce terme, inconnu avant 1890, avait commencé son tour de France...


Doublard : sergent-major, ainsi surnommé à cause du double liseré.


Boyau : fossé qui conduit aux tranchées et dans lequel on descend par un escalier de terre battue ou une échelle.


Zigomar : nom donné au sabre des cavaliers.


Bouchers noirs : surnom donné aux artilleurs à cause de leur uniforme sombre.


Guitoune ou Gourbi : nom donné aux abris destinés aux officiers, aux factions de réserve ou aux troupes de seconde ligne. A l'origine terme colonial en arabe, kitoun signifie la tente de voyage et gourbi la hutte de branchage ou de terre sèche.


Toubib : en arabe tebib, le mot déjà connu à Paris devient usuel dans les tranchées.