Le Monument aux Morts de Saint-Julien Chapteuil

L'inauguration du Monument - Le Banquet


Il fut servi sous la halle qui occupe le rez-de-chaussée de la mairie. Cette salle improvisée avait reçu pour la circonstance un décor de guirlandes et de verdure d'un gracieux effet. Des tentures fixées aux ouvertures tamisaient la lumière et l'ardeur des rayons de soleil et entretenaient une atmosphère de fraîcheur particulièrement appréciée des convives. Plus de 200 personnes y prirent part.

M. Laurent Eynac, sous-secrétaire d'Etat à l'aéronautique, présidait. Il avait à ses côtés : MM. Francisque Enjolras, sénateur ; Vernet, maire et conseiller général de Saint-Julien ; Périès, préfet de la Haute-Loire ; Victor Pagès, président du Conseil Général.

A la table d'honneur avaient encore pris place MM. Habouzit, conseiller d'arrondissement maire de Lantriac ; tous les maires du canton ; M. Martin-Binachon, industriel à Saint-Didier-la-Séauve, ancien conseiller général ; Volle, secrétaire de M. Laurent Eynac ; Chamard, président des combattants de la Haute-Loire ; Thonat, président de la section des combattants de Saint-Julien ; Terrasse, ingénieur-adjoint des travaux publics à Saint-Julien ; Jamon, juge de paix, etc.

Dans la salle, outre les membres du conseil municipal de Saint-Julien, de nombreux combattants, des citoyens de Saint-Julien et des diverses communes du canton.

Le menu, copieux et fort bien préparé, faisait le plus grand honneur à l'hôtel Roubin-Vérot et lui mérita les meilleures félicitations.

Au dessert, les discours suivants ont été prononcés :


Discours de M. Vernet, Maire et Conseiller général

"Messieurs,

Après l'émouvante et patriotique cérémonie de la matinée, la municipalité de Saint-Julien Chapteuil avait un autre devoir à remplir, celui d'exprimer sa vive gratitude à toutes les notabilités qui ont honoré de leur présence cette commémoration des morts de la commune.

Vous avez donné, messieurs, à Saint-Julien Chapteuil une preuve d'intérêt et de dévouement qui sera sensible à la population entière et je suis heureux de vous assurer de sa profonde reconnaissance.

Merci plus particulièrement à vous, notre vaillant député, M. le ministre Laurent Eynac, à vos occupations absorbantes du sous-secrétariat à l'aéronautique vous avez ravi quelques instants précieux pour nous les consacrer.

En venant présider notre cérémonie vous nous avez donné une grande preuve d'amitié, nous savons et nous saurons toujours l'apprécier.

Vous comptez dans la commune et le canton de Saint-Julien Chapteuil, ne nombreuses et de fidèles sympathies.

Les républicains vous ont sans limites accordé leur confiance ; vous la méritez, vous le leur avez prouvé maintes fois déjà et tous ont chaleureusement applaudi à votre entrée dans les conseils du gouvernement.

Ils voient en vous un représentant qui les honore et qui honore aussi son pays, dont les robustes qualités, celle de notre race montagnarde, sont appréciées à leur valeur dans les sphères politiques.

Ils sont heureux de vos succès parlementaires et je réponds à leurs sentiments en faisant ici les meilleurs voeux pour votre avenir ministériel.

La commune et le canton de Saint-Julien vous restent fidèles car vous savez que nos citoyens de la montagne sont difficiles dans leur choix, mais aussi quand ils se donnent, il se donnent tout entiers et pour toujours.

A cet hommage, je suis heureux d'associer M. Francisque Enjolras, sénateur de la Haute-Loire, dont la serviable amabilité et le dévouement sont connus de tous. C'est souvent que nous faisons appel à son concours et si nous n'hésitons pas à nous adresser à vous, M. Enjolras, c'est parce que  nous savons que votre concours nous est entièrement acquis et que rien de ce qui intéresse nos populations, nos communes, et le canton ne vous laisse indifférent et que nous avons en vous un zélé défenseur de nos intérêts.

M. le préfet, les occasions sont rares qui amènent dans notre commune le représentant du gouvernement de la République aussi votre présence nous a-t-elle été particulièrement agréable.

En venant au milieu de nous vous n'avez pas seulement voulu remplir un devoir, vous avez obéi à vos sentiments personnels, à votre amitié pour les représentants de nos communes et du canton et je suis bien placé pour avoir pu dans maintes circonstances apprécier votre dévouement à l'égard de nos populations, je suis heureux de pouvoir ici vous en remercier sincèrement et du fond du coeur.

Notre reconnaissance s'adresse aussi à mon ami M. Victor Pagès, président du Conseil Général qui depuis si longtemps représente le canton d'Allègre à notre assemblée départementale. En saluant sa présence, je salue la majorité républicaire du Conseil Général qui l'a appelé à présider ses travaux.

J'aperçois au milieu de nous M. Chamard délégué par M. Boyer, président de la Fédération des mutilés de la Haute-Loire, dont nous connnaissons tous le dévouement et l'amabilité. Nous honorons en lui les vaillants mutilés de la guerre et nos frères poilus.

Je remercie aussi les membres du comité d'érection du monument, les fonctionnaires, les délégués des sociétés de combattants et les nombreux amis qui ont voulu s'associer à l'hommage de reconnaissance envers leurs frères d'armes et à la manifestation de sympathie envers nos élus.

Je me garderai bien d'oublier M. Habouzit, notre conseiller d'arrondissement et les maires du canton, mes collègues qui entretiennent avec leur représentant au Conseil Général les rapports les plus cordiaux, ils savent qu'ils peuvent toujours compter sur mon dévouement le plus absolu. Leur présence à ce banquet celle l'union étroite de tous les représentants du canton autour de leurs représentants républicains.

A cette union, je lève mon verre, en exprimant qu'elle soit solide et durable.

Dans un même hommage, j'associe tous nos invités, la commune et le canton de Saint-Julien Chapteuil, et le gouvernement de la République."


M. le Préfet traduit le plaisir qu'il a éprouvé en répondant à l'aimable invitation du maire de Saint-Julien Chapteuil. Il savait quel accueil cordial cette commune réservait à ses invités et il était certain d'assister aux côtés de MM. Laurent Eynac et Enjolras à une imposante manifestation de sympathie. Aussi était-il heureux d'être associé à cette démonstration d'attachement et de fidélité.

Il salue M. Victor Pagès, président du Conseil Général, et souligne la présence, due à un heureux hasard, de M. Martin-Binachon, ancien conseiller général dont la grande activité est justement appréciée de tous.

Il est heureux de voir à ce banquet tous les maires du canton unis autour de leur dévoué représentant au Conseil général, M. Vernet. Ils connaissent comme lui le dévouement constant et inlassable qu'il apporte dans la défense des intérêts du canton et des vaillantes populations qu'il représente.

Il lève son verre en l'honneur du gouvernement de la République, de MM. Laurent Eynac, Enjolras, Pagès, Martin-Binachon, de M. Vernet et de tous les maires du canton. A cet hommage il associe M. Charles Dupuy, sénateur de la Haute-Loire, ancien président du conseil des ministres, que son état de santé retient encore éloigné de nous mais vers lequels vont nos meilleures pensées.


Discours de M. Victor Pagès, Président du Conseil Général

"Messieurs,

Je suis heureux d'avoir été associé à la cérémonie de ce matin et à ce banquet.

Je tiens à remercier publiquement votre maire, si sympathique et si dévoué et le Conseil municipal de votre commune, d'avoir pensé que le Président du Conseil Général était à sa place au milieu de vous dans une cérémonie pareille.

Le département de la Haute-Loire est fier de ceux que vous honorez aujoud'hui. Comme vous, il lit avec émotion les noms que porte votre beau monument.

A la cérémonie de famille, grave et cordiale que vous célébrez aujourd'hui, j'ose dire qu'il manquerait quelque chose, si on n'y sentait pas battre le coeur de notre département.

J'ai accepté avec d'autant plus d'empressement votre invitation, M. le maire, que j'avais pu, déjà, admirer votre oeuvre.

Au cours d'une tournée, qui, d'ailleurs, a montré quels éleveurs avisés et méritants compte votre commune, j'avais eu la surprise agréable de ne plus reconnaître, ici, cette place de la mairie, qui m'était pourtant familière. Depuis ce jour, j'ai un compliment à vous faire : et je crois que ce compliment vient aussi à l'esprit de tous les passants ; il m'en aurait un peu coûté de ne pas pouvoir vous l'adresser. Ne croyez pas cependant que je sois un de ces orateurs qui souffrent d'un discours rentré, non ! je n'ai pas la démangeaison de vous faire un discours ; je crains d'abuser de votre attention et je laisse la place à de plus dignes. Tout simplement, je vous dis : Bravo, pour ce monument si imposant et si crâne ! Saint-julien Chapteuil était déjà un pays bien pittoresque, vous avez ajouté aux charmes de sa physionomie si originale, tout en rendant à vos morts glorieux l'hommage de votre reconnaissance patriotique et de votre souvenir ému.

Laissez-moi ajouter aussi que j'ai été heureux de me joindre à mon éminent ami, le ministre Laurent Eynac, à mon camarade, le sénateur Enjolras et à notre si distingué préfet M. Périès.

Je saisis l'occasion de les saluer en votre nom et au nom du département de la Haute-Loire. Je les remercie de leur dévouement aux intérêts du pays, dévouement cent fois éprouvé, et dont leur présence au milieu de vous est une nouvelle preuve.

Messieurs, le culte que nous rendons au morts de la guerre, ainsi que les rudes enseignements et le lourd héritage de ces années tragiques, prescrivent à tous les républicains une solidarité étroite.

Nous ne pouvons pas nous maintenir dans la voie du progrès démocratique, si les vieilles querelles du parti ne sont pas franchement répudiées ; la France ne recueillera tous les bienfaits des principes républicains, dans lesquels elle s'est réfugiée après la faillite de tous les régimes monarchiques que si les partis de gouvernement se tiennent en contact étroit avec le peuple.

Pour que notre pays évolue, dans l'ordre, vers plus de prospérité et de justice, il faut que nous conservions le sentiment de ce qu'il y a de grand, de fécond dans le souffle révolutionnaire.

Au moment où nous voulons glorifier les morts de la guerre, rappelons-nous que si nous sommes fiers d'eux, c'est parce qu'ils ont été les soldats du droit. Sous l'uniforme du soldat, ils restaient des citoyens libres. La révolution qui a placé la souveraineté dans le peuple, et qui a proclamé l'égalité des hommes, a donné à notre patriotisme toute sa noblesse.

Messieurs, je bois à la République, vive l'Union et en avant !"


M. Francisque Enjolras, sénateur, remercie son excellent ami, M. Vernet, de son invitation ; il l'a acceptée avec plaisir, il y a répondu avec empressement et par devoir. Ses obligations parlementaires, au moment où se discutent ces graves questions d'ordre économique à l'ordre du jour du Parlement ne lui permettent pas toujours d'assister à toutes les cérémonies analogues auxquelles il est convié. Aussi a-t-il été particulièrement heureux de pouvoir venir à Saint-Julien Chapteuil où il sait compter de vieilles et de nombreuses amitiés.

A cette manifestation, il tient à associer le nom de son éminent collègue, M. Charles Dupuy, qui est de coeur avec nous et, se faisant l'interprète de tous les convives, il lui adresse l'expression des voeux de l'assistance pour son prochain et complet rétablissement.

Il exprime toute sa joie de se trouver au milieu d'amis qui lui ont donné librement leur confiance. Ils savent que son dévouement tout entier leur est acquis et qu'ils ne feront jamais appel en vain à son concours. C'est d'ailleurs avec un soin vigilant qu'il veille à la défense de leurs intérêts et de ceux de leurs communes et du canton. Il est heureux de vois à cette table M. Périès, préfet de la Haute-Loire, dont les qualités sont de plus en plus appréciées par nos populations ; son vieil ami M. Victor Pagès, président du Conseil Général ; et M. Martin-Binachon, ancien conseiller général, qui avait su prendre au sein de notre Assemblée départementale une place importante.

Il boit à la santé des convives et de leurs familles ; à la commune de Saint-Julien Chapteuil et aux communes du canton auxquelles il souhaite une grande prospérité.


M. Laurent Eynac, qui est l'objet d'une chaleureuse ovation, prend le dernier la parole.

"J'éprouve, dit-il, une émouvante joie à me retrouver parmi vous . Cette satisfaction de reprendre un contact étroit avec la laborieuse et sympathique population de Saint-Julien, avec des amis fidèles et sûrs, je l'attendais depuis longtemps, depuis le fâcheux accident qui m'immobilisa pendant la période électorale et m'éloigna de vous. Aussi, je ne saurais vous dire combien est profond aujourd'hui mon contentement et combien ma reconnaissance et mon entier dévouement vous sont acquis."


Après avoir adressé un hommage et un souvenir à M. Charles Dupuy, retenu loin de nous encore par son état de santé, M. Laurent Eynac déclare que sa satisfaction est accrue encore par la présence de M. Enjolras, sénateur, dont le nom est devenu synonyme de dévouement ; par celles de M. Périès, Préfet de la Haute-Loire ; de M. Victor Pagès, président du Conseil Général, de son ami, M. Martin-Binachon,, ancien conseiller général ; et aussi par celle de tous les représentants du canton et de la commune de Saint-Julien Chapteuil ; son collège au conseil général M. Vernet ; M. Habouzit, conseiller d'arrondissement, et les maires des diverses communes. Leur présence à ce banquet prouve combien sont étroits, solides, cordiaux les sentiments qui les unissent à leurs représentants républicains. Tous sont coeur à coeur avec leurs mandants et une confiance réciproque les anime. De cette fidélité dans l'attachement, la commune et le canton de Saint-Julien lui ont donné la preuve manifeste dans les conditions les plus difficiles. Il tient à les remercier sincèrement et du fond du coeur.

Rappelant l'impressionnante cérémonie de la matinée, M. Laurent Eynac dit qu'il a considéré comme un devoir impérieux pour lui d'apporter son hommage et son salut aux glorieux morts de Saint-Julien. Ils étaient des fils de notre montagne, de notre terre ; ils appartenaient à la masse rurale, au peuple de France, à ce peuple qui est le coeur même de la Patrie et qui, à toutes les heurs de notre Histoire, a sauvé la Nation. Notre devoir aujourd'hui est de les glorifier, de les honorer.

M. Laurent Eynac, toujours acclamé, retrace brièvement les principales lignes du grand oeuvre accompli par la République au cours de la guerre, de cet effort républicain qui a donné la victoire à nos armée, et soulevé l'admiration du monde entier.

Maintenant une autre tâche s'impose à tous, la reconstruction nationale. A cette besogne, il faut que chacun s'attache avec ardeur et avec volonté. La classe paysanne a un rôle important à jouer dans la fondation de cet édifice.

En terminant, il glorifie la classe laborieuse des champs, la démocratie paysanne et républicaine ; il lève son verre au drapeau du progrès, emblème et idole de la République.

Une longue ovation souligne cette éloquente allocution dont notre analyse ne peut laisse qu'une bien faible impression.

M. Martin-Binachon, en quelques paroles très applaudies, remercie les divers orateurs et les convives du touchant témoignage de sympathie qu'ils lui ont donné.

La séance est ensuite levée pour permettre à MM. Laurent Eynac, Enjjolras, Périès et Pagès d'assister à la soirée qui avait été organisée au Puy en l'honneur et au profit des Pupilles de la Nation. Leur présence à cette manifestation apparaissait à tous comme l'heureux couronnement de la belle et impressionnante journée de Saint-Julien Chapteuil.


Source : AD43 cote 2 pb 8 - Journal "La Haute-Loire"