L'Europe et le Monde à la veille de la Première Guerre Mondiale

En ce début de XXe siècle, l'Europe domine le monde, regroupant avec 450 millions d'habitants un quart de la population de la planète. Les puissances européennes se sont constitué des empires coloniaux, en particulier en Afrique et en Asie, ce qui ne va pas sans rivalités dans les colonies, et des tensions existent au Soudan (France et Angleterre), au Maroc (France et Allemagne), en Afrique du Sud et Orientale (Allemagne et Angleterre), en Tunisie (France et Italie).

L'Europe est divisée en deux blocs antagonistes, prêts à s'affronter :

- la France et ses alliés de la Triple-Entente, l'Empire Russe et le Royaume-Uni ;

- les puissances centrales de la Triple-Alliance, l'Empire d'Allemagne, l'Empire d'Autriche-Hongrie et l'Empire Ottoman.

Des tensions existent avec des minorités sous tutelle, notamment dans les Balkans, depuis l'effondrement de la puissance ottomane. La Serbie est sous protection russe, les Croates, les Bosniaques et les Slovènes sous la domination de l'Empire Austro-hongrois. L'Allemagne cherche à réunie ses minorités et la France reste nostalgique de la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. Sur mer, la suprématie se joue entre l'Angleterre et l'Allemagne, qui a considérablement développé sa flotte de guerre. Les différents pays se sont livrés depuis plusieurs années à une course aux armements. La révolution industrielle est en marche, et de l'Europe proviennent toutes les nouveautés qui permettent d'asseoir la puissance économique.

Le Luxembourg, les Pays-Bas et la Belgique ne souhaitent pas la guerre. La Belgique passe d'une neutralité passive (traités) à une neutralité armée en renforçant la ceinture défensive d'Anvers et en construisant une ceinture de 12 forts autour de Liège, afin de dissuader les Allemands de la traverser pour attaquer la France, ainsi qu'une ceinture de 9 forts autour de Namur pour dissuader les Français de passer par la Belgique pour attaquer l'Allemagne...

Mais les autres états européens ne l'entendent pas ainsi :

- la France (41 millions d'habitants) veut sa revanche sur la guerre de 1870, et reprendre l'Alsace-Lorraine ;

- le Royaume-Uni (45 millions d'habitants) souhaite prendre possession des colonies allemandes d'Afrique et se méfie de la nouvelle flotte de guerre allemande ;

- l'Italie (36 millions d'habitants) veut prendre des territoires frontaliers à l'Autriche-Hongrie pour s'assurer côté Adriatique ;

- l'Allemagne industrielle (65 millions d'habitants) est prise en étau face aux puissances libérales et craint pour son approvisionnement en matières premières, du fait de sa faible puissance coloniale ;

- l'Autriche-Hongrie (52 millions d'habitants) est déchirée entre ses différentes nationalités et espère une victoire militaire pour retrouver son prestige ;

- l'Empire Ottoman (18 millions d'habitants) n"'a d'autre choix que combattre pour devenir une colonie européenne ;

- la Russie (140 millions d'habitants) craint une révolution et pense trouver sa survie dans une guerre. De plus, depuis la guerre de Crimée, les Dardanelles et le Bosphore lui sont interdits, ce qui enferme la flotte russe dans la Mer Noire. 




1914 - 1918 : La Grande Guerre

Le 28 juin 1914, l'archiduc héritier d'Autriche-Hongrie François-Ferdinand et sa femme Sophie de Hohenberg sont assassinés à Sarajevo par un étudiant bosniaque, Princip, lié à la Main Noire, mouvement nationaliste dirigé par un officier serbe.

 

 

Cet événement va embraser le monde.

 

Les 5 et 6 juillet, au cours des entretiens de Postdam qui réunissent les représentants de l'Autriche-Hongrie et de l'Allemagne, les deux délégations décident de régler par les armes la question serbe, même si la Russie s'y oppose.

Elles ont admis, de sang-froid, l'éventualité d'une guerre européenne.

Guillaume II juge  le moment favorable à une guerre avec la Serbie, et assure l'émissaire du soutien inconditionnel de l'Allemagne.

Du 13 au 23 juillet, Raymond Poincaré, président de la République Française, et René Viviani, président du Conseil, sont en voyage officiel en Russie.

 

 

Les Russes promettent alors aux Français une attitude pacifique mais non passive.

 

Le 23 juillet, bien que le rapport entre le meurtrier et le gouvernement de Belgrade n'ait pas été établie, l'Autriche-Hongrie, avec l'appui de l'Allemagne, adresse un ultimatum à la Serbie.

 

Cet ultimatum, expirant sous 48 heures, exige que la Serbie poursuive et punisse de la façon la plus stricte les auteurs de l'attentat de Sarajevo et leurs commanditaires supposés, qu'elle combatte les séparatistes agissant contre l'Autriche, et qu'elle intègre des forces policières et militaires de Vienne dans les forces serbes pour mener les enquêtes. la demande est formulée comme une ingérence dans les affaires intérieures serbes.

Armoiries Autriche-Hongrie
Armoiries Autriche-Hongrie

 

La dureté de l'ultimatum austro-hongrois stupéfie l'Europe.

 

Dans les capitales européennes, on essaie de jouer les intermédiaires pour éviter la guerre.

 

Les pays scandinaves restent dans une prudente neutralité.

 

 

La Norvège et le Danemark, par crainte d'une invasion allemande, la Suède par hostilité envers l'ennemi héréditaire.

La Russie, les Pays-Bas adoptent la même attitude. L'Espagne donne des garanties à la France quant à sa neutralité, le Portugal donne les mêmes à la Grande-Bretagne.

 

Drapeau de Serbie, 1882-1918
Drapeau de Serbie, 1882-1918

Le 25 juillet, le gouvernement serbe accepte une partie des exigences de l'ultimatum, et formule des réserves quant à la participation de fonctionnaires autrichiens à l'enquête. 

Après cette réponse de la Serbie, l'Autriche-Hongrie rompt leurs relations diplomatiques.

Les deux états mobilisent partiellement leurs troupes.

La Russie soutient les velléités d'autonomie de la minorité serbe.

Ce soutien est justifié par la solidarité entre tous les Slaves, mais également par ses intérêts géostratégiques. La Russie veut étendre son pouvoir dans les Dardanelles, qui appartiennent à l'Empire Ottoman, et détruire la monarchie autrichienne.

 

Le 26 juillet, la Bulgarie, alliée de l'Autriche-Hongrie, rompt ses relations avec la Serbie.

Le 28 juillet, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. Son artillerie bombarde Belgrade dès le lendemain.

Le 30 juillet, mobilisation générale en Autriche-Hongrie et en Russie.

Le 31 juillet, l'Allemagne proclame l'état de guerre imminente et envoie un ultimatum expirant sous 12 heures à la Russie, dans lequel elle exige que la mobilisation russe soit levée.
Le même jour, l'Allemagne envoie un ultimatum sous 18 heures à la France, lui intimant de rester  neutre dans l'hypothèse où la Russie soutiendrait la Serbie. Comme garantie de neutralité, l'Allemagne exige de la France la remise des places fortes de Toul et de Verdun.




A Paris, Jean Jaurès, qui se démène pour empêcher l'éclatement d'une guerre, est assassiné par Raoul Villain, un étudiant nationaliste.


Sa mort signe le ralliement d'une partie de la gauche à l'Union Sacrée.

Le café du Croissant, Paris
Le café du Croissant, Paris

Le 1er août, ordre de mobilisation générale en Allemagne et en France. L'Allemagne déclare la guerre à la Russie.

Le 2 août, l'Allemagne envahit le Luxembourg, pays neutre, dans le but d'attaquer la France par le nord, et adresse un ultimatum à la Belgique, pays neutre, lui enjoignant de laisser le passage libre pour ses troupes.

Albert 1er, Roi des Belges, rejette l'ultimatum allemand.

 

Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France.

 

Le 4 août, les troupes allemandes entrent en Belgique.

Le Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne.

 

Le 5 août, une loi institue la censure de la presse en France.

 

Le 6 août, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie.

La Serbie déclare la guerre à l'Allemagne.

 

Le 11 août, la France déclare la guerre à l'Autriche-Hongie, suivie le 13 par le Royaume-Uni.

 

L'Europe s'embrase.


1914 : L'Effondrement des Espoirs de Solution Rapide

Dès le début du conflit, les adversaires espèrent une décision rapide par une guerre de mouvement. Dans l'esprit des belligérants, la guerre qui éclate en août 1914 devait être courte. L'échec des premières offensives ruine cet espoir, l'Europe s'installe dans la guerre.

Les Français pénètrent en Alsace-Lorraine, mais la 2e Armée est rapidement battue, et entraîne la 1e Armée dans sa retraite. On se bat en Champagne, les Allemands sont à 30 kilomètres de Paris. Le Général Joffre forme une 4e Armée, le gouverneur de Paris utilise les taxis pour acheminer une partie de cette armée sur la Marne. Les alliés remportent une victoire, et les Allemands se retranchent dans l'Aisne, la Somme et la Champagne.

 


1915 : Rupture et Division

Dès l'hiver 1914-1915, les combats prennent une forme nouvelle qui met en jeu toutes les forces humaines, techniques et économiques des belligérants.

Les troupes se terrent dans les tranchées.

Les adversaires cherchent encore la rupture du front. Les Allemands font porter leur effort sur le front oriental qui paraît plus vulnérable. Les Russes doivent se replier en septembre sur la Bérésina.

L'Italie entre en guerre le 20 mai 1915. Après avoir négocié avec les deux coalitions, elle opte pour l'Entente qui seule peut satisfaire ses visées annexionnistes. Elle espère ainsi réaliser des revendications anciennes.

Le front italien dans les Alpes restera secondaire jusqu'en 1917.

En février, l'Amirauté Britannique décide une opération destinée à contrôler les détroits, à faire pression sur la Bulgarie et la Grèce alors neutres, et à soutenir la Serbie qui faiblit. La démonstration doit être navale. Le bombardement des Dardannelles se solde par de lourdes pertes. Le corps expéditionnaire débarqué dans la presqu'île de Gallipoli est décimé par les Turcs et les épidémies, et doit rembarquer. L'échec de l'expédition (février à novembre 1915) provoque en octobre l'effondrement de la Serbie, attaquée sur deux fronts par la Bulgarie, que l'Allemagne a entraînée dans la guerre en septembre en lui promettant la Macédoine, et par l'Autriche. Toutefois, les Français s'installent à Salonique.

En France, Joffre déclenche une offensive en Artois le 9 mai 1915, et une autre en Champagne le 25 septembre 1915.

Ces offensives seront sans résultat, mais les pertes humaines sont énormes.


1916 : La Guerre d'Usure

Fin 1915, il semble impossible de rompre les fronts. Les états-majors s'orientent vers une guerre d'usure.

A l'Est, les Russes reprennent l'initiative. Encouragée par leurs succès, la Roumanie, qui convoite la Transylvanie Austro-Hongroise, entre en guerre en août, aux côtés de l'Entente. Son action, trop tardive, ne peut être coordonnée avec celle des Russes, qui piétinent devant les cols des Carpathes. Attaquée par les Austro-Hongrois et les Bulgares, la Roumanie est envahie en quelques semaines en décembre 1916. Les empires centraux y trouvent d'abondantes ressources en blé et en pétrole.

Au Proche-Orient, les Britanniques combattent en Palestine et en Mésopotamie, et cherchent à dresser contre Constantinople des princes arabes aspirant à jouer un rôle politique.

En France, le 21 février 1916, les Allemands lancent à leur tour une offensive sur un secteur calme du front : Verdun, saillant de la ligne de front, mal relié à l'arrière et difficile à ravitailler. Ils espèrent que les Français y attireront leurs réserves pour préserver cette charnière de leur système défensif. Un million d'obus sera tiré par les Allemands au premier jour de cette offensive. Mais ils se heurteront à un mur défensif, le courage des Poilus sauvant la place. Les pertes seront épouvantables, les forts de Douaumont et de Vaux seront perdus puis repris à plusieurs reprises.

Le 1er juillet 1916, les Alliés lancent une gigantesque offensive sur la Somme : 14 divisions françaises et 26 divisions britanniques sont engagées. Les mitrailleuses allemandes bloquent l'attaque. Au soir, plus de 60 000 assaillants sont morts, blessés ou portés disparus. L'offensive se poursuivra jusqu'en novembre, et coûtera plus de 900 000 vies des deux côtés.


1917 : L'Entrée en guerre des Etats-Unis

Jusque là, les belligérants semblaient bien contrôler le moral des troupes et de l'arrière. Mais en 1917, la lassitude est générale.

La Révolution Russe et l'intervention des Etats-Unis, qui entrent en guerre le 6 avril 1917, mais ne joueront un rôle important qu'un an plus tard, donnent aux deux camps l'espoir d'un déblocage de la situation.

Sur le front russe, des fraternisations ont lieu avec l'ennemi. Au cours de l'année 1917, l'effondrement militaire et le risque d'invasion pouvant menacer la révolution bolchévique, Lénine préconise des négociations de paix immédiate, dont les pourparlers s'ouvrent fin novembre. Pressés d'en finir, les Allemands aident à la sécession de l'Ukraine et lancent une offensive vers Pétrograd.

En Italie, les désertions se multiplient. En Allemagne, la flotte, cantonnée à Kiev dans l'inactivité depuis 1915, se mutine en juillet. Les Britanniques sont également touchés par des mutineries. En France, l'action des minorités pacifistes reste limitée.

L'offensive du Chemin des Dames a lieu le 7 avril 1917. C'est un cinglant échec, la préparation d'artillerie étant insuffisante. L'offensive est relancée le 5 mai. En un mois, 140 000 hommes sont anéantis.

Tous ces espoirs déçus entraînent une baisse de moral sans précédent, des mutineries éclatent, des tueries, des ordres inconséquents, font que dans certains régiments les soldats refusent d'obéir. Le général Pétain redresse la situation. Les permissions deviennent plus régulières, le ravitaillement est amélioré, les attaques inutiles cessent, mais des mesures répressives sont mise sen oeuvre, et plus de 650 soldats seront fusillés "pour l'exemple". Dans le même temps, la censure rigoureuse empêche tout relais avec le mécontentement de l'arrière. La guerre y a entraîné une hausse des prix supérieure à la hausse des salaires. Les ouvriers, peu nombreux, usent de leur position de force, d'autant que les profits de guerre permettent aux entreprises des réajustements salariaux. Les syndicats s'étaient constitués dès 1916, des grèves éclatent en 1917.

L'arrivée en France d'un million de soldats américains et de centaines de chars assure aux armées de l'Entente une supériorité écrasante alors que l'Allemagne a épuisé ses réserves en hommes et manque de blindés.


1918 : Rethondes

Le front russe s'effondre. La capitulation de la Russie entraîne en quelques semaines l'élimination de la Roumanie (7 mai 1918). Les puissances centrales peuvent désormais s'engager sur le seul front occidental.

Les Allemands font revenir de l'Est d'importantes troupes : 172 divisions allemandes et 2 autrichiennes, face à 99 pour la France, 58 pour les Britanniques, 12 pour les Belges, 3 pour les Etats-Unis, et 2 pour le Portugal.

Le 21 mars, l'offensive allemande est déclenchée : les Britanniques battent en retraite. L'attaque cesse le 5 avril. Le 27 mai, les Allemands reprennent le Chemin des Dames, les Français reculent, les Allemands franchissent la Marne. Paris est bombardé par la "Grosse Bertha". Les troupes allemandes sont contenues, mais le 15 juillet  elles déclenchent une nouvelle offensive. Offensive qui sera enrayée et suivie d'une contre-attaque dès le 18 juillet. Les Français remportent la deuxième bataille de la Marne, les puissances centrales ont perdu la guerre...

Menacée d'invasion, la Bulgarie est la première à solliciter un armistice. Craignant une offensive vers Constantinople, la Turquie négocie avec les Anglais un accord qui sera confirmé ultérieurement par les autres pays de l'Entente (30-31 octobre).

L'Autriche-Hongrie se disloque. Dès avril, un congrès des nations opprimées s'était réuni à Rome pour préparer l'indépendance ; les soldats slaves désertent massivement. L'Entente soutient ouvertement les Polonais et les Tchèques. La République de Tchécoslovaquie est proclamée en octobre. Un conseil national yougoslave s'était proposé en août d'unir Serbes, Croates et Slovènes dans un nouvel état, la Yougoslavie. En pleine révolte, la Hongrie fait sécession. Les Allemands d'Autriche se séparent du reste de l'Empire (30-31 octobre). Dès août, l'empereur Charles 1er avait poussé son alliée à négocier, mais l'armée allemande refuse, ne voulant pas s'avouer vaincue.

Devant l'offensive italienne, Charles 1er signe le 3 novembre un armistice sans conditions. C'est la fin de la dynastie des Habsbourg.

Après avoir longtemps espéré conservé une position de force pour négocier une paix de compromis, l'armée allemande passe la main au pouvoir civil, conseillant de négocier tout en continuant les combats. En octobre, les Allemands tentent de fléchir Wilson, l'Empereur refuse d'abdiquer. Mais le 3 novembre, une révolution éclate ; Guillaume II abdique le 9 novembre, date à laquelle est proclamée la République Allemande. Le gouvernement provisoire envoie une délégation à Rethondes.

Le 11 novembre 1918 à 11 heures, l'armistice est signé à Rethondes, dans le wagon du maréchal Foch.

En plus de 4 années de guerre,

près de 37 300 000 hommes

ont été tués, blessés, prisonniers ou portés disparus...

1914 - 1918 en chiffres Morts Blessés Disparus et prisonniers
France 1 500 000
4 200 000 530 000
Etats-Unis 126 000 237 000 4 500
Royaume-Uni 1 000 000 2 000 000 192 000
Allemagne 2 000 000 4 800 000 1 150 000
Autriche-Hongrie 1 500 000 3 600 000 2 200 000
Russie 2 500 000 5 000 000 2 500 000